Chapitre 9 – Les lignes de la main


6 janvier 2025 – 21 h 16

Quelque chose que je n’ai pas raconté de la fameuse roulade de boulette, c’est mon ami granole qui m’a pris dans un coin pour me lire les lignes de la main. Pour vous mettre en contexte, il le fait au feeling. Je ne sais pas s’il a senti ma détresse au travers de l’odeur des boulettes, mais il m’a invité dans un petit racoin du racoin pour qu’on en apprenne ensemble un peu plus sur moi. 

Dans tout ce qu’il m’a dit, deux choses m’ont particulièrement marqué, mise en part le sentiment d’être un petit spécial, d’être l’élu du jour. Il m’a dit que j’étais quelqu’un de plus créatif que j’osais me l’admettre, chose qui m’a clairement influencé dans ma nouvelle carrière de pianiste. Ensuite, il m’a dit que j’étais quelqu’un de particulièrement chanceux, mais que je ne m’en rendais pas toujours compte. Il a ajouté qu’en plus, je faisais des choix qui me rendaient encore plus chanceuse. Je vous laisse deviner que de se faire dire qu’on est l’élu qui fait des choix chanceux alors qu’on est au bord de la crise d’anxiété à trois jours de sobriété, ça tisse des liens plus vite qu’un tapis. 

À partir de ce moment, je me suis dit que je devais être attentive à cette chance-là. 

C’est donc cette parcelle de vie qui m’est venue en tête quand mon copain m’a apporté un Smooties qui peut difficilement plus gouter le moi. Un Smooties dans une coupe de vin qui prenait la poussière depuis maintenant douze jours. Un Smooties qui goute l’amour et qui crie « je suis fière de toi ». 

C’est vrai, que je suis chanceuse. 

Ce qui faut comprendre de mon amoureux, c’est qu’il n’a jamais fait un commentaire sur ma consommation d’alcool. Et il aurait pu. Que ce soit la fois où il a arrêté la voiture dans un stationnement à 3 h du matin pour que je puisse vomir à moitié sur la portière, à moitié je-ne-sais-où. Que ce soit en étant figurant d’un conflit que j’avais décidé qu’on avait après la coupe de vin #3. 

Il faisait des commentaires, mais des commentaires pour moi. Un p’tit « fait attention à toi », ou « c’est correct, tu en avais besoin ». Voir même un « je vais travailler sur ça ». Le tout, souvent accompagné d’un p’tit « iii que j’taime » assez gros pour compenser le fait que ça faisait un moment que je ne m’étais pas dit ça, à moi. 

C’est hier soir, dans la douche, après mon rendez-vous avec des violons, que je lui ai dit « Jour 11 ». C’est entre deux sourires qu’il a senti que j’étais prête à entendre sa joie maladroite. Il était heureux pour moi. Non pas pour lui. Il me gérait. Il était heureux parce que des fois, « ça l’air dur être dans ta tête », et que l’alcool ne m’aidait pas à gérer mes émotions. 

C’est vrai, que je suis chanceuse. 

Je suis encore plus chanceuse d’avoir pris une décision qui rend plus facile le temps d’arrêt qu’il faut pour se dire : « c’est vrai, que je suis chanceuse ».